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Britta Röstlund : le regard d'une suédoise sur Paris

26/02/2018

L'auteur du roman En attendant Monsieur Bellivier nous parle de "son"  Paris.

Vous vivez à Paris depuis de nombreuses années. Qu'est ce qui vous plaît dans cette ville ?

 

La Suède est un pays fantastique. Peut-être un peu trop d’ailleurs. La vie y est facile, un peu comme une maison de poupée – mais finalement, ce n’est pas la vraie vie. Paris est une ville qui ne laisse pas indifférent, elle saisit avec ses contrastes et procure à ses habitants et ses visiteurs des sentiments de joie, de tristesse, le spectacle du luxe et de la misère... Il suffit de sortir dans la rue pour devenir heureux, triste ou en colère. Cela est très important à mes yeux : Paris me fait me sentir vivante. Paris est une ville très complexe : c’est cela que j’aime et qui me donne de l’inspiration. Même si Paris est une ville beaucoup plus grande que Stockholm, les Parisiens ont plus d’échanges entre eux que dans la capitale suédoise. Je sais que ce n’est pas l’image que les provinciaux ont de Paris. Mais c’est un fait : les Parisiens font des commentaires sur tout, ont un avis sur tout, les hommes font des galanteries aux femmes, un sourire… Au final, ils interagissent plus que les Suédois qui restent chacun dans leur bulle. Le mauvais côté des Parisiens est qu’ils protestent, refusent les changements, font des manifestations, des barricades… En Suède, les grèves et les manifestations sont très rares. Nous préférons la concertation à la confrontation.

 

Le roman En attendant Monsieur Bellivier met en scène Mancebo, qui tient une épicerie de quartier...

 

Quand je suis arrivée à Paris, ces petites épiceries étaient très exotiques pour moi. Nous avons de petites épiceries à Stockholm mais très aseptisées, standardisées, de grandes chaines. Ce serait d’ailleurs dommage que cela devienne la même chose à Paris ! Je me rappelle de ce jour où je suis rentrée dans cette petite épicerie sur le boulevard des Batignolles, j'étais alors enceinte. Mes sensations étaient alors exacerbées. Il y avait un mélange d’odeurs de fruits, de légumes, d'épices... Et le commerçant était assis sur le trottoir sur un tabouret en train de regarder droit sur le boulevard. Je me suis dit : « il ne peut pas rester assis comme ça toute la journée à ne rien faire »... et l’idée de Mancebo m’est venue à l’esprit.

 

Quels sont vos quartiers favoris ? 

 

Paris est immense, tant de diversité à découvrir. Mon Paris est donc forcément restreint. Plutôt rive droite, Saint Lazare, les Grands Boulevards… et La Place Édouard-VII qui se cache. Cette place est magique et joue un rôle central dans mon prochain roman. Avant de déménager à Paris, je n'avais jamais mis un pied en France. Le premier jour, mon compagnon m’avait laissé un mot avec les instructions pour le rejoindre dans le quartier de la Défense. J’ai alors pris le métro et je suis arrivée dans le quartier d’affaires. J’ai regardé les gratte-ciels et je me suis dit : "C'est donc à ça que ressemble Paris ?". Depuis lors, j'ai continué à découvrir Paris qui m’a surpris chaque jour. C’est peut être parce que j'ai atterri à la Défense il y a dix-sept ans que j’ai pris pour habitude d’y travailler, dans un Starbucks, toujours assise dans le même fauteuil. J’étais d’ailleurs dans ce fauteuil lorsqu’un homme est entré et m’a demandé « Madame, attendez-vous monsieur Bellivier ? » Il m'a posé la question plusieurs fois. L'idée de répondre « oui, j'attends Bellivier » m’a traversé l’esprit, juste pour voir. J’ai finalement concrétisé cette idée au travers de ce livre.

 

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