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La collection "Les Invisibles"

27/02/2018

Une série consacrée à des affaires criminelles célèbres ou méconnues, traitées avec la rigueur de l’enquête et le style de la ‘‘narrative non fiction’’

Par Antoine Albertini

 

Le premier cadavre que j’ai vu était allongé en plein soleil, sous l’un de ses draps blancs en matière synthétique que les pompiers, en Corse, transportent toujours dans leurs camions. C’était à Bonifacio, sur un quai du port. L’homme avait été exécuté au petit matin de deux balles dans la tête et ses tueurs, devant les clients médusés attablés aux cafés de la marine, l’avaient poussé du pied dans l’eau irisée du bassin. Depuis, j’ai croisé beaucoup de ces corps, figés dans l’attitude où la mort les a surpris. Cadavres grotesquement affalés sur le volant d’une voiture criblée d’impacts, demies têtes soufflées par des décharges de chevrotines tirées à bout portant – plus rarement : un couteau fiché dans les côtes, vidés de leur sang.


En France, 600 homicides sont commis chaque année. Derrière chaque victime, derrière chaque assassin, se cache une histoire singulière faite de coups de sang ou de froids calculs, de pulsions, de passions, de vieilles haines mal éteintes, de pure et simple folie. Car la fréquentation assidue des prétoires m’a appris que le crime arrive toujours aux autres, c’est-à-dire à tout le monde. Il se nourrit de banalité, de petits riens qui finissent par coloniser les esprits.
Le quidam, lui, n’a guère le temps de s’attarder sur les causes et les conséquences de l’intention meurtrière. Il s’arrête au titre d’un article, regarde parfois d’un air interloqué le visage du suspect diffusé par la télévision - « Il a l’air d’un gentil garçon, avec ses bouclettes et ses petites lunettes cerclées ». Puis il poursuit sa route, tourne les pages de la gazette ou change de chaîne.
Parmi la population de l’inframonde du crime, avec et contre les policiers, les magistrats, les familles des victimes ou les proches de l’assassin, certains journalistes côtoient le meurtre au quotidien. Ils en connaissent les ressorts, en sondent les plaies. Ils s’invitent dans la tête des coupables et enregistrent les sanglots de mères éplorées, d’amis abasourdis par la soudaine irruption de violence dans une vie bien rangée. Ils essaient surtout de répondre à cette question : non pas « comment » ou « qui » a tué ? Mais : « pourquoi » a-t-on tué ?

 

Cette nouvelle collection, consacrée à des affaires criminelles connues ou non, retentissantes ou passées sous les radars de la chronique judiciaire, ne vise pas à satisfaire à la curiosité morbide des amateurs de faits divers. Elle se veut oeuvre littéraire autant que rigoureuse enquête sur la mécanique du crime en associant la subjectivité de la narration et l’exactitude du travail journalistique, les techniques de la narrative non fiction et la mise en perspective des faits eux-mêmes.

 

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